Conférence de François Aubart à l'occasion de la sortie de "Les Standards observent les formats" de Gilles Pourtier.
Dans le cadre de la cinquième édition de Art-O-Rama.
Dimanche 4 septembre 2011 à 17 heures au "Studio" en face de la Cartonnerie de la Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin 13003 Marseille.
Les standards observent les formats de Gilles Pourtier est une œuvre consistant à produire du son à partir de l'image de son support. En effet, l'artiste a scanné un vinyle puis a traduit en un fichier son cette image numérique pour finalement la graver sur un disque. C'est ainsi une image qui est donnée à entendre. Qui plus est, au-delà de cette situation paradoxale d'écouter ce qui se voit, la chaîne de production mise en place par Gilles Pourtier semble tourner à vide puisque ce qui est livré au spectateur est le seul fruit d'une transmission entre divers outils de transcription. Ce qui semble ainsi être au coeur de ce travail est une interrogation sur les effets produits par la traduction et les déplacements qu'engendrent les outils de diffusion. C'est depuis ce point de vue que nous aborderons Les standards observent les formats, en tentant d'identifier la nature des effets que cette œuvre mobilise.
Cette question semble en effet centrale dans le travail de nombreux artistes contemporains. Leurs oeuvres nous serviront de jalons et de balises dans l'exploration de cette pièce de Gilles Pourtier. Si l’expérimentation des techniques de diffusion connait en soit une histoire presque parallèle à celle de l'art, il est probable que les interrogations qui nous intéressent ici apparaissent avec l'art conceptuel. En effet l'effort pour faire un travail qui ne se soumette plus à une forme tangible implique une possibilité de circulation simplifiée, sous forme de textes ou d'images, largement favorisée par l'apparition et la démocratisation d'outils tels que le téléphone, la vidéo ou la photocopieuse. C'est sur cette dernière que s'appuie un projet tel que le Xerox Book de Seth Siegelaub. Outre sa volonté de démocratisation par l'utilisation d'une technique simple et accessible, ce projet a pour effet de rendre les oeuvres des artistes qui y participent accessibles sous une forme qui ne connait pas d'original unique. En effet l'oeuvre n'étant transmisse que sous la forme de documents eux-mêmes multipliés par le nombre d'exemplaires de ce livre, s'ouvre ici une pratique par laquelle la production est dépendante des enjeux et des canaux techniques qu'elle exploite. Plus proche de nous, ce sont des questions similaires que pose le travail de Cory Arcangel, par exemple, lorsqu'il démontre les modifications qu'impose la compression d'une image en format JPEG (1) . Ailleurs, Seth Price modifie constamment le titre et le contenu d'un même texte lorsqu'il est republié dans un nouveau contexte (2) . Ces pratiques tendent à identifier à quel point l'utilisation d'un support ou d'une technique de diffusion est loin d’être neutre. Elles révèlent ainsi comment une même information (un texte, une image, une musique ou quoi que ce soit d'autre qui puisse être copier) est déplacée, relue et ré-envisagée selon les canaux qu'exploite sa circulation. Ce sont justement ces déplacements que souligne la transformation d'un code en un autre produite par Gilles Pourtier avec Les standards observent les formats.
(1) Cory Arcangel, On Compression, disponible sur le site de l'artiste : http://www.coryarcangel.com
(2) C'est le cas notamment de Was ist Los publié à divers endroit sous les noms Decor Holes, Akademische Graffiti, Depletion et Unique Source/All Natural Suicide Gang.
Voir : http://www.distributedhistory.com/Wasteloss.html

François Aubart est critique d'art et commissaire d'expositions. Il a publié des textes dans différentes revues ainsi que dans plusieurs ouvrages monographiques. Depuis 2008 il intervient dans le Master professionnel « Métiers et Art de l'Exposition » à l'Université de Rennes.
Dernières publications:
The Clifford Irving Show, art21 avril 2011,
Michael Riedel : Respecter la mise en forme de destination, art press, mars 2011,
Camille Llobet : Les effets de la description, Semaine, février 2011.
Dernières expositions:
Résurrection, Galerie Dohyang Lee, Paris, avec Continuous Project, Alexis Guillier, Pierre Leguillon, Emilie Parendeau et Yves-Marie Rinquin, mai 2010.
Cf., Galerie Art et Essais, Rennes, avec Aurélien Froment, Pierre Olivier-Arnaud, documentation céline duval et The Infinite Library, janvier 2010.

