La notion de performance a elle-même vécu de profonds bouleversements, réappropriée par le langage sportif, politique et économique. On peut aussi y ajouter le tournant performatif dans le domaine des sciences sociales, saisissant la notion pour étudier les rituels et processus de socialisation (Erving Goffman) jusqu’à la réinterpré- tation des rôles et des codes identitaires (Judith Butler). Par ailleurs, les artistes ont interrogé le caractère éphémère des événements performatifs pour mettre en place une réflexion sur les dispositifs d’enregistrement et de mise en scène.

Élargissant le territoire même de la performance, certaines pratiques l’ont redéfinie dans des stratégies spécifiques d’installation et de mise en forme. Revendiquées un temps comme fusion entre l’art et la vie, les « installations performatives » actuelles n’opposent plus l’événement et sa représentation, et ont progressivement cherché à développer des modalités d’enregistrement des actions éphémères. De la construction de situations où la « réalité » est scénarisée, signalant sa propre artificialité dans l’expérimentation de l’espace social et politique, à l’utilisation d’éléments narratifs et théâtraux ; de l’activation de l’exposition par le spectateur lui-même, à la transformation des fonctionnalités de l’architecture du lieu, lui introduisant un caractère autant flexible qu’instable, en passant par le rôle plus classique du corps et de la redéfinition des identités par l’action, le lexique de la performance a élargi le territoire de l’action dans l’art contemporain et les musiques actuelles.

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